{"id":3582,"date":"2022-04-05T13:49:14","date_gmt":"2022-04-05T11:49:14","guid":{"rendered":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/?p=3582"},"modified":"2024-01-30T13:47:20","modified_gmt":"2024-01-30T12:47:20","slug":"portraits-inedits-de-missak-manouchian","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/2022\/04\/05\/portraits-inedits-de-missak-manouchian\/","title":{"rendered":"Portraits in\u00e9dits de Missak Manouchian"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous avons re\u00e7u d&rsquo;Andr\u00e9 Milev, fils de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Boris_Milev\">Boris Milev, commissaire politique des FTP-MOI de la R\u00e9gion parisienne, <\/a>le message suivant : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je suis en train de traduire du bulgare en fran\u00e7ais le livre de mon p\u00e8re \u00ab\u00a0Pages\u00a0\u00bb, Sofia, 1982.  J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 traduit deux passages qui concernent, entre autres, Missak Manouchian. Je vous les joins.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l&rsquo;accord du traducteur que nous remercions chaleureusement, voici donc ces deux textes in\u00e9dits en fran\u00e7ais sur Missak Manouchian et les FTP-MOI.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Missak Manouchian et sa premi\u00e8re action<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><em>Boris Milev, pages 353 \u00e0 359 du livre Pages, 1982, traduction Andr\u00e9 Milev<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La route du combat \u00e9tait jonch\u00e9e de victimes tr\u00e8s ch\u00e8res. De lourdes pertes ! Mais cette lutte \u00e9tait \u00e9pique \u2013 \u00e0 la place des morts des milliers de nouveaux h\u00e9ros se levaient !<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, Herv\u00e9<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> m&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 rencontrer, rue Paradis, dans le 9\u00e8me, un homme de 30-35 ans, \u00e0 la peau fonc\u00e9e, mince, au nez pointu, aux yeux p\u00e9tillants, aux sourcils \u00e9pais et \u00e0 la moustache fine. Son costume noir luisait d\u2019usure, ses cheveux fonc\u00e9s et \u00e9pais mettaient en valeur un front haut et saillant, et ses mains, l\u00e9g\u00e8rement rugueuses, t\u00e9moignaient d\u2019un travail physique.<\/p>\n\n\n\n<p>Herv\u00e9 m\u2019a dit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il est envoy\u00e9 par le groupe de langue arm\u00e9nienne. Fixez tout de suite un rendez-vous et apr\u00e8s l\u2019avoir \u00e9cout\u00e9, tu d\u00e9cideras o\u00f9 et comment l\u2019utiliser\u2026 Je vais passer un peu devant, pendant que vous vous mettez d\u2019accord.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019inconnu m\u2019a demand\u00e9 d\u2019indiquer l\u2019heure du rendez-vous pour les jours choisis, par exemple lundi et jeudi, parce que les autres jours il \u00e9tait occup\u00e9. Il m\u2019a demand\u00e9 de l\u2019appeler George. Sans lui poser aucune autre question, je lui ai dit de venir le lundi exactement \u00e0 17 heures dans l\u2019\u00e9troite et tortueuse petite rue Varet dans le 15\u00e8me. Nous nous sommes s\u00e9par\u00e9s en nous serrant la main. La main d\u2019ouvrier du nouveau combattant m\u2019a sembl\u00e9 chaude et douce.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai rattrap\u00e9 Herv\u00e9. On se voyait avec lui au moins une fois par semaine. Le plus souvent, il m\u2019informait sur le cours de la guerre et plus sp\u00e9cialement sur la R\u00e9sistance en France. Dans ces rencontres nous parlions r\u00e9guli\u00e8rement des actions r\u00e9alis\u00e9es et \u00e0 venir. Les combattants &#8211; leurs \u00e9motions, sentiments, pens\u00e9es, avis, objections, leur situation \u00e0 la maison, leur discipline au combat et dans la clandestinit\u00e9 \u00e9taient naturellement au centre de notre attention. Avant de parler, comme d\u2019habitude de ces questions, Herv\u00e9 m\u2019a donn\u00e9 quelques explications sur le camarade qu\u2019il venait d\u2019amener :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je vais te dire quelques mots sur le nouveau combattant. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent il faisait partie du petit groupe militant de l\u2019\u00e9migration arm\u00e9nienne. C\u2019est un travailleur id\u00e9ologiquement et politiquement pr\u00e9par\u00e9. Tous les autres de son groupe du parti sont des propri\u00e9taires orf\u00e8vres, commer\u00e7ants, artisans. Certains d\u2019entre eux sont assez riches\u2026 Nous leur avons demand\u00e9 de proposer un ou plusieurs combattants. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent ils n\u2019ont pas r\u00e9pondu. Maintenant ils nous proposent le seul travailleur d\u2019entre eux. L\u00e0-dedans il y a quelque chose de beau, de logique. Mais je sens une certaine r\u00e9action du camarade. Comme s&rsquo;il lui manquait de l&rsquo;enthousiasme, si n\u00e9cessaire pour les nouveaux convertis\u2026 Il faut bien le comprendre, sentir son pouls\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec George nous avons fait connaissance le lundi suivant. Je me suis rendu \u00e0 la rencontre avec un peu de retard. George \u00e9tait \u00e0 l\u2019heure, ce qui \u00e9tait un bon signe. Je ne lui ai pas pos\u00e9 la question de routine : \u00ab Quelles sont les incitations qui t\u2019ont pouss\u00e9 \u00e0 entrer dans les rangs des partisans parisiens ? \u00bb J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de passer vers une attaque psychologique frontale et je lui ai dit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je suis content de te f\u00e9liciter comme un des n\u00f4tres. Chaque nouveau venu dans la lutte contre les occupants hitl\u00e9riens est une contribution importante.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et j\u2019ai ajout\u00e9 directement :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Dans une heure je vais te faire rencontrer un camarade, qui va te montrer quand, o\u00f9 et comment tu agiras.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>George marchait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi silencieux et r\u00e9fl\u00e9chissant. Une petite pause survint. Il alluma une nouvelle cigarette. C\u2019\u00e9tait clair qu\u2019il luttait avec lui-m\u00eame. De sa poitrine sortit un petit soupir, il tira profond\u00e9ment sur la cigarette, sans expirer la fum\u00e9e, et il commen\u00e7a \u00e0 me parler avec un ton l\u00e9g\u00e8rement nerveux :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019aime la clart\u00e9, je d\u00e9teste les malentendus. Et, il s\u2019av\u00e8re qu\u2019ici, il y a un malentendu. Et toi, et le camarade, qui m\u2019a rencontr\u00e9 avec toi, vous parlez de moi comme un combattant, un nouveau combattant, qui a rejoint la lutte arm\u00e9e. Je ne sais pas comment notre agent \u00e0 la direction centrale vous a soumis la d\u00e9cision du groupe du parti. Mais je vais t\u2019annoncer ce qui s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 exactement : \u00ab Le camarade, c\u2019est-\u00e0-dire moi, est d\u00e9sign\u00e9 pour entrer dans les rangs des groupes de combattants, mais \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il a certaines consid\u00e9rations, qu\u2019il les pr\u00e9sente lui-m\u00eame devant les camarades, et si elles sont accept\u00e9es, le groupe pr\u00e9sentera un nouveau candidat \u00bb. C\u2019est \u00e7a la question.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais oblig\u00e9 d\u2019\u00e9couter ses consid\u00e9rations. Le temps de janvier nous transper\u00e7ait de sa froideur humide, et le vent soulevait l\u00e9g\u00e8rement nos imperm\u00e9ables. Nous sommes pass\u00e9s devant le cimeti\u00e8re Vaugirard, nous sommes entr\u00e9s dans la bruyante rue Lecourbe et nous avons commenc\u00e9 \u00e0 faire le tour des rues autour du m\u00e9tro Convention. Qu\u2019ai-je appris ?<\/p>\n\n\n\n<p>George vivait avec son amie, elle aussi arm\u00e9nienne. Longtemps ils ont \u00e9t\u00e9 sans emploi. Enfin ils ont trouv\u00e9 une sortie. Ils ont commenc\u00e9 \u00e0 faire des beignets et des g\u00e2teaux. Ils les vendaient \u00e0 tr\u00e8s bon prix dans une unit\u00e9 militaire \u00e0 Rouen. Il voyageait deux fois par semaine jusqu\u2019\u00e0 cette ville bretonne[sic]. Avec l\u2019argent gagn\u00e9 pour l&rsquo;instant, ils remboursent les pr\u00eats et paient l\u2019\u00e9quipement artisanal et quelques meubles pour l\u2019appartement. J\u2019\u00e9tais intrigu\u00e9 par le fait qu\u2019il s\u2019\u00e9tait achet\u00e9 une table pour \u00e9crire, parce qu\u2019il aimait \u00e9crire des choses. Sans le vouloir, je m\u2019imaginais George comme un Tommy plus \u00e2g\u00e9. J\u2019ai compris que j\u2019avais affaire \u00e0 une nature \u00e9motionnelle. Ses consid\u00e9rations \u00e9taient les suivantes : pourquoi exactement lui, et pourquoi exactement maintenant, quand il vient de cr\u00e9er des conditions de vie meilleure et qu&rsquo;il peut s&rsquo;adonner \u00e0 sa passion favorite &#8211; la po\u00e9sie ? Pourquoi exactement lui, quand il s\u2019agit de travail pour la cause et de victimes. Alors qu\u2019il a consacr\u00e9 des ann\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9migration arm\u00e9nienne, et que beaucoup des membres du parti r\u00e9duisaient leur devoir pour la cause principalement \u00e0 des contributions d\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec un peu de protestation dans la voix George m\u2019a d\u00e9couvert son \u00e2me :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ils sont tous riches et \u2026 cyniques. Ils n\u2019ont pas honte de me dire, qu\u2019ils assureront une pension pour ma femme, au cas o\u00f9 il m\u2019arriverait un malheur. C\u2019est ce qui me retient. En plus dans le groupe il y a des plus jeunes et qui devraient \u00eatre aussi aptes \u00e0 combattre comme partisans. Je propose que vous veniez dans le groupe et posiez \u00e0 chacun la question : \u00ab Pourquoi pas toi et non George ? \u00bb On verra alors ce qu\u2019ils r\u00e9pondront et pourront-ils opposer quelque chose de s\u00e9rieux \u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai laiss\u00e9 parler pendant presque une heure. Je ne l\u2019ai pas pr\u00e9sent\u00e9 au camarade, qui nous attendait dans un des caf\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du m\u00e9tro Convention. Avec Georges il fallait travailler encore, il fallait attendre qu\u2019il m\u00fbrisse, avant qu\u2019il entre dans nos rangs.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuivirent beaucoup de lundis et vendredis. Les rencontres continuaient pendant des heures. Nous avons appris \u00e0 nous conna\u00eetre comme des fr\u00e8res, sans qu\u2019il me r\u00e9v\u00e8le son nom et moi, sans lui d\u00e9voiler ma nationalit\u00e9. Une compr\u00e9hension sp\u00e9ciale s\u2019est install\u00e9e entre nous, sur les th\u00e8mes de l\u2019art et de la litt\u00e9rature. Je lui ai d\u00e9voil\u00e9 ma passion pour le th\u00e9\u00e2tre, et lui son ardeur pour la po\u00e9sie. Il a publi\u00e9 des po\u00e8mes dans leur journal avant la guerre. Il a assez de po\u00e8mes pour un recueil.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que j\u2019ai encore appris de la biographie de cet homme extr\u00eamement int\u00e9ressant, tr\u00e8s cultiv\u00e9 et avec un grand \u00e9lan d\u2019\u00e9nergie ?<\/p>\n\n\n\n<p>A huit ans, il a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 de sa ville natale Ad\u0131yaman, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re syrienne. Les gendarmes turcs ont pris avec lui sa m\u00e8re, ses deux fr\u00e8res et sa tante. Son p\u00e8re, qui devint partisan dans les environs d\u2019Urfa, succomba dans la lutte contre les arm\u00e9es turques. Sa m\u00e8re attrapa le paludisme et mourut bient\u00f4t. Les trois orphelins se blottissent sous la faible protection de la tante. Tous les quatre furent exil\u00e9s \u00e0 Deir ez-Zor, o\u00f9 des dizaines de milliers de compatriotes moururent sous les coups des s\u00e9ides du sultan, de la mis\u00e8re, de la faim et des maladies. Une mission catholique \u00e0 Istanbul r\u00e9ussit \u00e0 sauver une tr\u00e8s petite partie des enfants. Dans cette partie il y eut le petit enfant avec le regard \u00e9veill\u00e9, aux yeux noirs, les cheveux boucl\u00e9s et le petit nez pointu. Le sort de ses proches fut tragique &#8211; tous laiss\u00e8rent leurs os dans le camp de concentration turc. Parmi les enfants prot\u00e9g\u00e9s dans le monast\u00e8re catholique l&rsquo;orphelin Georges se d\u00e9tachait par son intelligence, sa grande m\u00e9moire et sa belle voix. Les chefs de la mission voyaient d\u00e9j\u00e0 en lui un futur confr\u00e8re. A 17 ans ils lui propos\u00e8rent ouvertement de choisir la robe noire. Le jeune homme refusa cat\u00e9goriquement. Il s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9 en son for int\u00e9rieur \u00e0 la mission de travailler pour am\u00e9liorer le destin de l\u2019\u00e9migration arm\u00e9nienne, \u00e9parpill\u00e9e aux quatre coins du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Venu bient\u00f4t \u00e0 Paris, Georges chercha en vain parmi ses compatriotes un parent proche. Dans la ville bruyante et tr\u00e8s peupl\u00e9e, il se sentait seul et \u00e9tranger. Il chercha une aide \u00e0 la solitude dans la po\u00e9sie, les livres et les syndicats progressistes. Les classiques du Marxisme-L\u00e9ninisme lui ouvrirent un nouveau monde. Il devint un membre actif de la jeunesse communiste fran\u00e7aise. Dans le milieu des ann\u00e9es 30 il est d\u00e9j\u00e0 secr\u00e9taire du comit\u00e9 central de secours pour l\u2019Arm\u00e9nie2<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> et \u00e9diteur de leur journal Zangou. Il publie des ouvrages, bien connus de ses compatriotes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il avait les pens\u00e9es suivantes : \u00ab&nbsp;Amuser quelqu\u2019un c\u2019est bien, mais l\u2019\u00e9duquer c\u2019est mieux ; le r\u00f4le de l\u2019\u00e9crivain est d\u2019\u00e9duquer et d\u2019enseigner les masses ; le but du cr\u00e9ateur est de durcir le caract\u00e8re des gens et de les sortir du chaos pr\u00e9sent vers une meilleure vie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne suis pas all\u00e9 dans le groupe de Georges. Georges est venu vers nous. Pourquoi en fin de compte a-t-il donn\u00e9 son accord pour entrer dans nos rangs ? S\u00fbrement pas \u00e0 cause de la force de mes arguments. Pendant ce temps se d\u00e9roulait la terrible bataille de Stalingrad. Dans ses flammes se sont r\u00e9duites en cendres les h\u00e9sitations du futur commissaire militaire des FTP-MOI parisiens. La victoire de Stalingrad lui a donn\u00e9 un \u00e9lan d\u00e9cisif.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re action de Georges repr\u00e9sentait la forme la plus haute d\u2019op\u00e9ration militaire des partisans dans les conditions de l\u2019\u00e9poque \u00e0 Paris. Il devait attaquer tout seul une compagnie hitl\u00e9rienne enti\u00e8re. \u00c0 sept heures la compagnie venait de la banlieue Levallois-Perret, se montrait sur l\u2019avenue Bineau et entrait sur l&rsquo;avenue Porte de Champerret, pour s\u2019engouffrer dans la station de m\u00e9tro du m\u00eame nom. L\u2019avenue dans cette partie de Paris \u00e9tait large, avec des b\u00e2timents \u00e9lev\u00e9s et avec un trottoir large du c\u00f4t\u00e9 gauche. Sur le trottoir s&rsquo;\u00e9levaient des arbres relativement gros et hauts.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9paration de l\u2019action dura \u00e0 peu pr\u00e8s deux semaines. Pendant ce temps nous deux, et ensuite Rajman, d\u00e9sign\u00e9 comme protection, plusieurs fois, le matin et l\u2019apr\u00e8s-midi nous regardions tout autour l\u2019endroit de l\u2019action et les chemins de repli des combattants. Le plan \u00e9tait d\u00e9fini et finalis\u00e9 par nous trois \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9. Il comprenait les points suivants : Georges s\u2019adosse \u00e0 un arbre pr\u00e8s de la rue Chaptal et avenue de la Porte Champerret. Rajman est derri\u00e8re lui \u00e0 5-6 m\u00e8tres. Quand la compagnie d\u00e9passe l\u2019arbre, George lance la bombe au milieu de la compagnie, se lance rapidement dans la rue Chaptal et \u00e0 l\u2019angle de la rue Louise-Michel il donne son pistolet \u00e0 une camarade. Rajman le suit \u00e0 une distance d\u2019une dizaine de m\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>La veille de l\u2019action George a fait devant moi la confession suivante :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu sais dans quel \u00e9tat d&rsquo;esprit j\u2019\u00e9tais au d\u00e9but. Depuis j\u2019ai grandi \u00e0 mes propres yeux. Quand il y a deux semaines nous avons discut\u00e9 concr\u00e8tement de ma premi\u00e8re action, j\u2019\u00e9tais pr\u00eat, r\u00e9solu \u00e0 me lancer, mais je ressentais une petite peur, j\u2019\u00e9tais troubl\u00e9, je pensais \u00e0 des choses non essentielles. Depuis trois jours je me suis d\u00e9barrass\u00e9 de tout ; j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le secret de l\u2019\u00eatre humain et je suis au-dessus de tout \u00e7a. Jamais, m\u00eame quand je cr\u00e9ais mes meilleurs po\u00e8mes, je n\u2019ai ressenti un tel bonheur, une telle joie, une telle puissance. Je me sens bien et l\u00e9ger\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 ce jour je n\u2019ai pas tu\u00e9 une poule, mais maintenant je suis pr\u00eat \u00e0 me battre contre une arm\u00e9e hitl\u00e9rienne enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Je comprenais le combattant, qui le lendemain recevra son bapt\u00eame du feu, et je me suis content\u00e9 de lui paraphraser notre Christo Botev<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> : \u00ab Il n\u2019y a pas de pouvoir sur la t\u00eate qui a d\u00e9cid\u00e9 de tomber ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 neuf heures le lendemain matin pendant la rencontre au parc Monceau avec ses arbres d\u00e9nud\u00e9s et ses bancs vides Georges et Rajman me racont\u00e8rent leur exploit. Juste \u00e0 sept heures, la compagnie entre dans l\u2019avenue Porte de Champerret et d\u00e9passe l\u2019arbre. George lan\u00e7a la bombe au milieu de la compagnie. Apr\u00e8s 5-6 secondes les hitl\u00e9riens survivants commencent \u00e0 tirer sans discernement avec des pistolets, des fusils et des mitraillettes. La bombe tomb\u00e9e brusquement, comme d\u2019en haut, les a fait tirer sur les fen\u00eatres des b\u00e2timents voisins. Selon le plan, Georges entra dans la rue Chaptal, suivi de Rajman \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres. Soudain les deux entendirent quelqu\u2019un courir et crier : \u00ab Halt, halt ! \u00bb Georges tenait solidement son pistolet et acc\u00e9l\u00e9ra ses pas. C\u2019\u00e9tait un sous-officier allemand, qui tout en courant d\u00e9grafait son \u00e9tui et continuait \u00e0 crier : \u00ab Halt, halt !&nbsp;\u00bb A ce moment Rajman se retourna et avec une seule cartouche abattit le poursuivant t\u00e9m\u00e9raire. Rajman rattrapa son camarade, le prit sous le bras et les deux transmirent leurs pistolets \u00e0 l\u2019agent qui les attendait. Inqui\u00e9t\u00e9s par personne, sains et saufs et satisfaits, ils quitt\u00e8rent les environs de la Porte de Champerret.<\/p>\n\n\n\n<p>La bombe avait envoy\u00e9 dans l\u2019autre monde une vingtaine d\u2019hitl\u00e9riens. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re bombe, lanc\u00e9e par Missak Manouchian &#8211; Georges, qui sera le chef l\u00e9gendaire des groupes de partisans &#8211; Main-d&rsquo;oeuvre immigr\u00e9e de Paris. Plus tard Manouchian avouera une faiblesse humaine :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;A ma premi\u00e8re action j\u2019avais fait venir mon meilleur ami, pas tellement pour \u00eatre t\u00e9moin de mon exploit, mais plut\u00f4t pour raconter aux g\u00e9n\u00e9rations ma mort \u00e9ventuelle.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Jacques Kaminski<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> HOC (Comit\u00e9 de secours pour l&rsquo;Arm\u00e9nie)<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Po\u00e8te bulgare<br><br><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">On les nommait des \u00e9trangers. Les proc\u00e8s des 23<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><em>Boris Milev, pages 422 \u00e0 430 du livre Pages, 1982, traduction Andr\u00e9 Milev<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 de f\u00e9vrier 1944 je suis retourn\u00e9 \u00e0 Paris pour le travail. La capitale \u00e9tait encore plus d\u00e9serte et triste. Les uniformes verts \u00e9taient tr\u00e8s pr\u00e9sents et donnaient \u00ab \u00e0 la ville des lumi\u00e8res \u00bb[sic] une couleur de serpent. La p\u00e9nurie, la faim, la mis\u00e8re \u00e9taient \u00e0 chaque pas. Les officiers hitl\u00e9riens en compagnie de leurs femmes (Brunhilde) blondes et grandes \u00e9taient de plus en plus arrogants dans les lieux publics. Dans les rues et boulevards, dans les caf\u00e9s et restaurants ils parlaient haut, riaient bruyamment et ricanaient en se moquant de certains fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce Paris morose un matin les murs se sont couverts de t\u00e2ches rouges \u2013 des affiches rouges \u00e9normes, coll\u00e9es sur les rues, places, tunnels du m\u00e9tro. Par petits groupes les passants s\u2019arr\u00eataient devant, lisaient silencieusement et s\u2019en allaient encore plus silencieux. Certains soulevaient les \u00e9paules, d\u2019autres souriaient l\u00e9g\u00e8rement, mais tous voulaient dire secr\u00e8tement : \u00ab Ces \u00e9diteurs de Goebbels nous prennent pour des idiots \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les affiches dans des cadres en forme de m\u00e9daillon \u2013 les portraits de dix combattants. Au milieu l\u2019arm\u00e9nien Georges[sic] &nbsp;Manouchian avec l\u2019inscription : chef de bande, 56 attentats, 150 tu\u00e9s, 600 bless\u00e9s ; \u00e0 gauche Alfonso : espagnol rouge, 7 attentats ; \u00e0 droite Rajman : juif polonais, 13 attentats. L\u00e0 aussi \u00e9taient mes autres connaissances : Boczov \u2013 chef d\u00e9railleur de trains, 20 attentats ; Fontanot \u2013 communiste italien, 12 attentats ; Thomas Elek \u2013 8 attentats ; Witchitz \u2013 15 attentats ; Fingercwajg \u2013 3 attentats, 6 d\u00e9raillements ; Wajsbrot \u2013 1 attentat, 3 d\u00e9raillements ; Grzywacz \u2013 2 attentats. Au-dessus des portraits \u2013 une grande inscription en lettres blanches : \u00ab Des lib\u00e9rateurs ? \u00bb Et en dessous en lettres rouges sur fond noir : \u00ab La lib\u00e9ration ! Par l\u2019arm\u00e9e du crime \u00bb. Dans six carr\u00e9s \u00e9taient plac\u00e9es des photos de trois trains d\u00e9truits, deux hitl\u00e9riens tu\u00e9s, de pistolets, de bombes, de m\u00e8ches et autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis arr\u00eat\u00e9 la premi\u00e8re fois devant l\u2019affiche sur l\u2019avenue Clichy pr\u00e8s de la station La Fourche et j\u2019ai continu\u00e9 rapidement mon chemin. Je m\u2019avan\u00e7ais sur l\u2019asphalte, mais il me semblait que je marchais sur des pierres incandescentes. Je me pressais, comme si quelqu\u2019un me poursuivait. Ma propre image sur l\u2019affiche me pourchassait, elle n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0, mais je l\u2019imaginais clairement, en plein centre, si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 pris par la Gestapo. J\u2019\u00e9tais bien le dirigeant de tous ces combattants, ensemble nous avons r\u00e9fl\u00e9chi, et organis\u00e9 des dizaines d\u2019actions, ensemble nous avons \u00e9prouv\u00e9 les soucis, peines et joies de la lutte ! Je les remerciais presque \u00e0 haute voix, de ne pas m\u2019avoir d\u00e9nonc\u00e9 durant les 3 mois de tortures inhumaines dans l\u2019enfer des prisons de la Gestapo. Pour la deuxi\u00e8me fois quelque chose m\u2019attirait vers l\u2019affiche de la place Clichy. Des sentiments de souffrance et d\u2019admiration me clouaient devant les images des h\u00e9ros et je restais longtemps sur le trottoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 17 et 18 f\u00e9vrier le proc\u00e8s des 23 francs-tireurs et partisans de la r\u00e9gion parisienne eut lieu. Le pouvoir hitl\u00e9rien, qui jusque-l\u00e0 tuait des centaines et des milliers de patriotes sans tribunal et condamnation, d\u00e9cida de tenir un proc\u00e8s public. Le but \u00e9tait d\u2019humilier et de d\u00e9figurer le vrai personnage de la R\u00e9sistance, de montrer le mouvement de la R\u00e9sistance dirig\u00e9 par des \u00e9trangers, et les \u00e9trangers \u2013 incit\u00e9s par le sionisme mondial. La presse corrompue de l&rsquo;\u00e9poque d\u00e9ploya des efforts surhumains pour tromper l\u2019opinion publique. Les gribouilleurs des journaux Le Matin, l\u2019\u0152uvre , Paris-Soir et autres, dans un d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9molissaient jusqu\u2019aux traits physiques des accus\u00e9s. Les physionomies claires et nobles du po\u00e8te Manouchian, de l\u2019ing\u00e9nieur Boczov, du jeune Rajman dans les descriptions journalistiques se transformaient en gueules de bulldogs, en tronches de criminels endurcis, de bourreaux. Le collabo Jean Lasser fit les portraits suivants : \u00ab&nbsp;Manouchian a un visage basan\u00e9, les pommettes sont hautes, mais \u00e0 la hauteur des l\u00e8vres, la joue est molle et basse, elle fait un pli comme en font les dogues \u00bb. \u00ab Rajman semble \u00e9chapp\u00e9 d\u2019un roman russe. \u00c9chevel\u00e9, p\u00e2le jusqu\u2019aux l\u00e8vres, l\u2019\u0153il opalin, il n\u2019est pas de notre temps, c\u2019est le nihiliste d\u2019autrefois, le r\u00e9volt\u00e9 de toujours \u00bb. \u00ab Spartaco Fontanot est abject \u00bb. Tandis que dans la brochure \u00ab L\u2019arm\u00e9e du crime \u00bb toutes ces images noires \u00e9taient r\u00e9unies, pour d\u00e9figurer les emprisonn\u00e9s : \u00ab Aucun n\u2019est d\u2019origine fran\u00e7aise (pur mensonge, parmi les 23 il y avait des fran\u00e7ais de souche : Roger Rouxel, Georges Cloarec<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>). Leur t\u00eate est hideuse. Le sadisme juif s\u2019y \u00e9tale dans l\u2019\u0153il torve, les oreilles en chou-fleur, les l\u00e8vres \u00e9paisses et pendantes, la chevelure cr\u00e9pue et filasse. \u00bb Dans cette m\u00eame calomnie, pour Rajman, est \u00e9crit : \u00ab Voyez le juif Rajman, la main du crime, regardez la large m\u00e2choire du criminel, son regard d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, d\u2019o\u00f9 transpire le sadisme entier de la race \u2026 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Des brochures, des journaux, la radio, des tracts, des affiches vomissaient de la boue diffamatoire sur les h\u00e9ros combattants \u00e9trangers. La grande affiche rouge, aux dimensions de 3 m\u00e8tres sur 4, \u00e9tait publi\u00e9e aussi en petits tracts, sur le dos desquels les auteurs essayaient en vain d\u2019inciter les fran\u00e7ais \u00e0 la haine contre les combattants \u00e9trangers pour la libert\u00e9 de la France : \u00ab Si les fran\u00e7ais pillent, volent, sabotent et tuent, c\u2019est parce qu\u2019ils sont toujours command\u00e9s par des \u00e9trangers \u00bb. Le point d\u2019orgue de cette campagne x\u00e9nophobe haineuse \u00e9tait la projection du film documentaire honteux sur le proc\u00e8s de 23 partisans.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que la propagande hitl\u00e9rienne avec sa charge enti\u00e8re de sales attaques et falsifications a obtenu l\u2019effet souhait\u00e9 ? Est-ce qu\u2019ils ont r\u00e9ussi \u00e0 faire peur aux fran\u00e7ais, \u00e0 leur sugg\u00e9rer une d\u00e9testation des \u00e9trangers et \u00e0 les diviser dans leur \u00e9lan de conqu\u00e9rir la lib\u00e9ration de la France ? Pour l\u2019honneur du peuple fran\u00e7ais il faut le dire clairement \u2013 la propagande hitl\u00e9rienne est tomb\u00e9e \u00e0 l\u2019eau. Les patriotes fran\u00e7ais ont d\u00e9montr\u00e9 leur maturit\u00e9 politique et leur solidarit\u00e9 avec les \u00e9trangers arr\u00eat\u00e9s. Ils mettaient des fleurs sous les affiches, \u00e9pinglaient des drapeaux tricolores sur les affiches ou avec col\u00e8re d\u00e9chiraient les papiers rouges d\u00e9test\u00e9s. Mais les pouvoirs hitl\u00e9riens et leurs serviteurs de Vichy r\u00e9colt\u00e8rent une d\u00e9ception totale pendant le proc\u00e8s lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Le proc\u00e8s se d\u00e9roula dans l\u2019h\u00f4tel de luxe Continental rue de Castiglione, pr\u00e8s de la place Vend\u00f4me. La cour martiale \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9e par un colonel, aid\u00e9 par deux officiers comme jury. Des soldats allemands arm\u00e9s de mitraillettes restaient debout des deux c\u00f4t\u00e9s de la salle pr\u00e8s des murs. Six avocats allemands, officiellement impos\u00e9s aux accus\u00e9s, se pr\u00e9paraient \u00e0 jouer le r\u00f4le de d\u00e9fenseurs dans la parodie de proc\u00e8s. Pr\u00e8s de trente journalistes de Paris, de Province et d\u2019Allemagne aiguisaient leurs plumes, pour stigmatiser les \u00ab b\u00eates sauvages \u00bb. Ils avaient la t\u00e2che ingrate de pr\u00e9senter les \u00ab&nbsp;terroristes \u00bb comme des assassins et des ennemis de l\u2019Allemagne, de la France et de la civilisation et surtout de d\u00e9montrer combien la justice hitl\u00e9rienne est \u00e9quitable.<\/p>\n\n\n\n<p>Les aigles captur\u00e9s \u00e9taient introduits s\u00e9par\u00e9ment avec les mains attach\u00e9es dans le dos ou par deux attach\u00e9s avec des menottes m\u00e9talliques. \u00c0 l\u2019avant : Manouchian \u2013 calme et fier, Boczov \u2013 confiant et sans peur, Rajman \u2013 souriant et dur, Alfonso \u2013 courageux et presque joyeux, Fontanot \u2013 avec un coeur brave, constant, Elek \u2013 innocent, pur, mais si confiant\u2026 Et oui, ils \u00e9taient p\u00e2les, dess\u00e9ch\u00e9s, amaigris, avec des habits froiss\u00e9s, mais pouvait-il en \u00eatre autrement apr\u00e8s trois mois de tortures dans les cellules de la Gestapo ? Les photographes et op\u00e9rateurs allemands instruits express\u00e9ment ont plac\u00e9 leurs appareils dans des angles choisis, de telle mani\u00e8re que les film\u00e9s apparaissent comme des \u00ab bandits sans scrupules \u00bb avec des visages bestiaux. Efforts vains ! L\u2019ensemble de la campagne orchestr\u00e9e n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 tromper le fran\u00e7ais ordinaire. Avec une col\u00e8re dans le coeur un journaliste de Vichy \u00e9crit les r\u00e9sultats d\u2019une enqu\u00eate, qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9 des voisins de l\u2019un des accus\u00e9s : \u00ab Dans la banlieue de Montreuil une de nos fran\u00e7aises m\u2019a dit qu\u2019il n\u2019apparaissait pas comme un mauvais gar\u00e7on\u2026 Et voil\u00e0 la trag\u00e9die ! Comment en est-on arriv\u00e9 \u00e0 cette mauvaise habitude ? Comment ces t\u00eates, dignes seulement pour des investigations criminelles, n\u2019ont-elles pas d\u00e9go\u00fbt\u00e9 \u00e0 aucun moment nos meilleurs fran\u00e7ais&nbsp;? Quand vous leur parlez de ces terroristes, ils remuent la t\u00eate. \u00ab Terroristes ? \u2013 ils vont remarquer. \u2013 Vous allez vite pour les qualifier \u00bb. Et un certain Pierre Mallo du journal Le Matin dans son d\u00e9sir d\u2019\u00e9clipser le patriotisme ardent des h\u00e9ros a \u00e9crit hypocritement : \u00ab Je cherche, je cherche l\u2019expression de mes impressions et j\u2019arrive \u00e0 une r\u00e9ponse : les accus\u00e9s se comportent comme des \u00e9l\u00e8ves coupables ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Des \u00e9l\u00e8ves coupables, monsieur ? Vous \u00e9tiez au proc\u00e8s et vous n\u2019avez pas entendu \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9l\u00e8ve coupable \u00bb Alfonso d\u00e9crire les d\u00e9tails de l\u2019assassinat du Dr Ritter d\u2019un ton tout \u00e0 fait calme ?<\/p>\n\n\n\n<p>Sous les coups de ces d\u00e9clarations directes et sinc\u00e8res les juges militaires s\u2019embrouillaient, \u00e9taient d\u00e9concert\u00e9s. Le pr\u00e9sident commen\u00e7a par poser des questions stupides :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pourquoi vous, qui \u00eates espagnol, vous luttez pour la lib\u00e9ration de la France ?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le menuisier Alfonso lui donna une le\u00e7on de morale prol\u00e9taire :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;M\u00eame si je suis espagnol, j\u2019estime que chaque travailleur consciencieux, o\u00f9 qu\u2019il se trouve, doit prot\u00e9ger sa classe.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un des juges cria furieusement :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Toi, Rajman, tu es un assassin !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrier tricoteur lui r\u00e9pondit fi\u00e8rement :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je me consid\u00e8re comme un soldat et me consid\u00e8re toujours mobilis\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>A la question du pr\u00e9sident pourquoi est-il entr\u00e9 dans les rangs des francs-tireurs et partisans de Paris, Rajman, dont les parents \u00e9taient d\u00e9port\u00e9s dans les camps de concentration en Allemagne, lui r\u00e9pondit ouvertement :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pour moi c\u2019\u00e9tait une question de vie ou de mort. Je ne voyais pas d\u2019autre moyen de lutter contre l\u2019arm\u00e9e d\u2019occupation.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas par hasard que ce jeune homme de 21 ans, encore de son vivant, avait m\u00e9rit\u00e9 comme surnom Tchapa\u00efev.<\/p>\n\n\n\n<p>Georges \u2013 Manouchian, commissaire militaire des FTP-MOI de Paris, se tenait comme un digne chef des combattants arr\u00eat\u00e9s. Dans son ardent discours devant le tribunal il d\u00e9fendit le droit des peuples oppress\u00e9s de lutter contre les envahisseurs. Devant les officiers et avocats hitl\u00e9riens Manouchian d\u00e9clara ouvertement et honn\u00eatement : \u00ab Je me suis engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e de lib\u00e9ration et je suis pr\u00eat \u00e0 mourir comme soldat r\u00e9gulier de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise de lib\u00e9ration. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Spartaco Fontanot, dont les deux fr\u00e8res Jacques et Nerone \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9s dans la lutte antifasciste, administra une racl\u00e9e aux \u00e9pouvantails hitl\u00e9riens embarrass\u00e9s devant son id\u00e9alisme :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J&rsquo;apporte ma vie en offrande, vive la France lib\u00e9r\u00e9e et d\u00e9mocratique !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le doux \u00e9tudiant Thomas Elek de ses 18 ans \u00e9panouis a d\u00e9clar\u00e9 aux bourreaux intrigu\u00e9s, que pour lui \u00ab la vie n\u2019a pas de sens sans la libert\u00e9 et c\u2019est pour cela que j\u2019ai apport\u00e9 mes forces dans les rangs des communistes parisiens. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le proc\u00e8s se d\u00e9roula de mani\u00e8re exp\u00e9ditive. Il ne dura que deux jours. Le tribunal hitl\u00e9rien voulut raccourcir son \u00e9chec. Dans le discours final le pr\u00e9sident essaya de cacher la honte judiciaire avec des phrases pompeuses. Avant de prononcer le jugement il s\u2019\u00e9cria :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Messieurs, ce proc\u00e8s ne concerne pas seulement le destin de l\u2019Allemagne, il concerne la lutte de l\u2019Europe pour sauver son histoire deux fois mill\u00e9naire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il invita les accus\u00e9s \u00e0 dire leurs derni\u00e8res paroles, il resta sid\u00e9r\u00e9 du silence d\u2019Alfonso. Le fier travailleur espagnol antifasciste n\u2019a pas daign\u00e9 lui r\u00e9pondre car il refuse d\u2019utiliser ce droit supr\u00eame. Ses camarades ont utilis\u00e9 leurs derni\u00e8res paroles pour d\u00e9clarer encore une fois leur foi, qu\u2019ils ont lutt\u00e9 en pleine conscience et volontairement contre les occupants hitl\u00e9riens, qu\u2019ils ont combattu pour une France libre et d\u00e9mocratique, qu\u2019ils font partie de l\u2019arm\u00e9e Rouge victorieuse. Les voix puissantes de Manouchian et Boczov retentirent dans la salle, en pr\u00e9disant la disparition de la \u00ab race des seigneurs \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 21 f\u00e9vrier au matin les ge\u00f4liers hitl\u00e9riens distribuaient aux condamn\u00e9s des feuilles de papier blanc et des crayons. Dans les lettres d\u2019adieu les combattants r\u00e9v\u00e8lent pour la derni\u00e8re fois la splendeur de leurs nobles c\u0153urs, pens\u00e9es et id\u00e9aux.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici des extraits de quelques lettres :<\/p>\n\n\n\n<p>Manouchian :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je suis s\u00fbr que le peuple fran\u00e7ais et tous les combattants de la Libert\u00e9 sauront honorer notre m\u00e9moire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n\u2019ai aucune haine contre le peuple allemand et qui que ce soit. Chacun aura ce qu\u2019il m\u00e9ritera comme ch\u00e2timent et comme r\u00e9compense\u2026 Je mourrai avec mes 23 camarades tout \u00e0 l&rsquo;heure avec le courage et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 d&rsquo;un homme qui a la conscience bien tranquille\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui il y a du soleil. C&rsquo;est en regardant le soleil et la belle nature que j&rsquo;ai tant aim\u00e9e que je dirai adieu \u00e0 la vie et \u00e0 vous tous ma bien ch\u00e8re femme et mes bien chers amis. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alfonso :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je ne suis qu\u2019un soldat qui meurs pour la France\u2026 Je ne regrette pas mon pass\u00e9, si je pouvais revivre, je serais encore le premier. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Rajman :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ma ch\u00e8re petite maman\u2026excuse-moi de ne pas t\u2019\u00e9crire plus longuement, mais nous sommes tous tellement joyeux que cela m\u2019est impossible quand je pense \u00e0 la peine que tu ressens\u2026 Je t\u2019adore et Vive la Vie ! \u2026 Je vais \u00eatre fusill\u00e9 aujourd\u2019hui \u00e0 15 heures. Je ne regrette rien de ce que j\u2019ai fait. Je suis tout \u00e0 fait tranquille et calme\u2026 Je suis r\u00e9uni en ce moment avec trois de mes camarades ayant le m\u00eame sort que moi. Nous venons de recevoir un colis de la Croix-Rouge et nous mangeons comme des gosses toutes les choses sucr\u00e9es que j\u2019aime tant\u2026\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Spartaco Fontanot :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ma mort n\u2019est pas un cas extraordinaire, il faut qu\u2019elle n\u2019\u00e9tonne personne et que personne ne me plaigne, car il en meurt tellement sur les fronts\u2026 et qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9tonnant que moi, un soldat, je tombe aussi\u2026 J\u2019\u00e9cris ces quelques lignes d\u2019une main ferme et la mort ne me fait pas peur\u2026 Mes chers parents, je termine cette courte lettre en vous embrassant bien fort et en vous criant courage. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Willy Szapiro :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Les trois derniers jours apr\u00e8s ma condamnation, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 avec deux jeunes Fran\u00e7ais et j\u2019ai appris \u00e0 aimer la France davantage. Quel bon esprit ! \u2026 Ma bien-aim\u00e9e, \u00e9l\u00e8ve notre enfant dans le m\u00eame esprit. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cesare Luccarini :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab La plus grande preuve d\u2019amour, c\u2019est de donner sa vie pour ceux qu\u2019on aime. Soyez aussi courageux que moi. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Szlama Grzywacz:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Du courage, du courage et encore du courage. De meilleurs lendemains ne sont pas loin. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Stanislas Kubacki :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Jusqu\u2019au dernier moment, j\u2019ai gard\u00e9 mon sang froid et je suis fid\u00e8le \u00e0 toute la famille (lire : le parti<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>)\u2026 Je meurs pour la libert\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Thomas Elek :<\/p>\n\n\n\n<p>(La lettre est adress\u00e9e \u00e0 des amis, car ses parents \u00e9taient d\u00e9port\u00e9s)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je meurs, mais je vous demande de vivre\u2026 Je vous \u00e9cris cette lettre d&rsquo;adieu pour vous confirmer, si cela est vraiment n\u00e9cessaire, que je n\u2019avais que de bonnes intentions\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Vous ne devez pas vous attrister, mais \u00eatre gais au contraire, car pour vous viennent des lendemains qui chantent. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le parti communiste fran\u00e7ais a donn\u00e9 une tr\u00e8s haute estimation au proc\u00e8s et au comportement devant le tribunal hitl\u00e9rien des 23 partisans. Dans un large appel au peuple fran\u00e7ais le parti montra toute la v\u00e9rit\u00e9 sur le proc\u00e8s des 23.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019appel est \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ils ont voulu montrer les d\u00e9tenus comme des automates, des ex\u00e9cuteurs aveugles d\u2019ordres incompris, comme des mercenaires. Mais devant les juges se sont dress\u00e9s des hommes courageux, qui n\u2019ont pas eu peur ni des officiers \u2013 leurs bourreaux \u2013 ni des mitraillettes point\u00e9es vers eux pendant le proc\u00e8s. Ils ont endoss\u00e9 la responsabilit\u00e9 des actions men\u00e9es par eux avec un grand esprit patriotique. Devant la salle remplie de nazis allemands et de fran\u00e7ais ils ont d\u00e9clar\u00e9 leur amour de la France, envers leurs patries oppress\u00e9es, leur attachement aux libert\u00e9s humaines et leur haine envers les tyrans nazis. Avec leur comportement h\u00e9ro\u00efque ils ont gagn\u00e9 le respect des juges, ont mis en \u00e9chec la campagne diffamatoire, men\u00e9e depuis des semaines, et ils ont rendu un grand service \u00e0 la r\u00e9sistance fran\u00e7aise, en r\u00e9v\u00e9lant devant l\u2019opinion publique le vrai visage des patriotes combattants avec des armes contre l\u2019ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme Garibaldi, qui est venu lutter avec les Fran\u00e7ais, \u00e9tait le sujet d\u2019attaques des plus naus\u00e9abondes de la part des capitulards et des traitres, de m\u00eame les tra\u00eetres de Vichy avec leurs ma\u00eetres boches condamnent les partisans immigr\u00e9s. Mais le peuple fran\u00e7ais a salu\u00e9 ces hommes courageux, qui n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 sacrifier leur jeunesse, pour que la France et le monde se d\u00e9barrassent pour toujours de la barbarie hitl\u00e9rienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Honneur et gloire aux combattants pour la lib\u00e9ration de la patrie ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Justin Godart ancien ministre et pr\u00e9sident du Comit\u00e9 d&rsquo;aide et de d\u00e9fense des immigr\u00e9s, a \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u2026 D\u2019\u00e9normes affiches montraient ces gens dans des caricatures r\u00e9pugnantes. Pas d\u2019importance. Reste le suivant :<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019ils savaient tuer au nom d\u2019une noble cause. C\u2019est leur gloire.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019ils sont parvenus \u00e0 mourir fi\u00e8rement. C\u2019est leur grandeur. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Charles Tillon, comme commandant en chef des Francs-tireurs et partisans fran\u00e7ais, rendit un dernier hommage aux h\u00e9ros \u00e9trangers d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, en \u00e9crivant les lignes suivantes :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u2026Le peuple fran\u00e7ais ressent une reconnaissance imp\u00e9rissable envers ses fr\u00e8res \u00e9trangers. Dans son coeur il unit le souvenir de Fabien avec le souvenir de l\u2019arm\u00e9nien Manouchian, le souvenir de la roumaine Olga Bancic avec le souvenir de Danielle Casanova\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le 21 f\u00e9vrier est le jour o\u00f9, chaque ann\u00e9e, les patriotes fran\u00e7ais leur rendent hommage au cimeti\u00e8re d\u2019Ivry, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Paris. Avec un discours et un temps de silence ils t\u00e9moignent de l\u2019union dans la lutte et la mort sans diff\u00e9rence de race et nation des personnes, combattant pour la lumi\u00e8re sur la terre enti\u00e8re !<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> note de l&rsquo;auteur<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> note de l\u2019auteur<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons re\u00e7u d&rsquo;Andr\u00e9 Milev, fils de Boris Milev, commissaire politique des FTP-MOI de la R\u00e9gion parisienne, le message suivant : \u00ab\u00a0Je suis en train de traduire du bulgare en fran\u00e7ais le livre de mon p\u00e8re \u00ab\u00a0Pages\u00a0\u00bb, Sofia, 1982. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 traduit deux passages qui concernent, entre autres, Missak Manouchian. Je vous les joins.\u00a0\u00bb Avec [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"class_list":["post-3582","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-presse-medias-work"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3582","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3582"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3582\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3588,"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3582\/revisions\/3588"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3582"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3582"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/manouchian-au-pantheon.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3582"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}